Et si avoir le choix n’était pas un cadeau ?

Chaque année des centaines de milliers de jeunes suisses entre 14 et 17 ans doivent choisir la prochaine étape vers leur carrière professionnelle. Chaque année j’accompagne une centaine de jeunes dans ce processus. Les temps de réflexion, de décision sont de plus en plus durs et longs. Pourquoi est-ce si difficile de choisir ?

Notre société présente le choix comme un synonyme de confort, de réussite, de liberté et d’autonomie. Pourtant, ces jeunes ne semblent pas voir cette période comme positive. Qu’est-ce qui transforme le choix, un élément si essentiel à notre sentiment de liberté, en une période remplie de doutes et de confusion ?

deux directions

Le choix représente un aboutissement en soi : avoir le luxe de choisir est synonyme de réussite, de confort. Les générations avant nous n’avaient pas cette profusion de possibilités et ils ont travaillé dur pour nous les offrir. Aujourd’hui, nous pouvons presque tout choisir et cela ne semble pas nous rendre plus heureux !

Qu’est-ce que le choix ? Selon le Dr. Barry Schwartz :

le choix permet de se définir et de s’affirmer

Le choix est donc un moyen de construire sa personnalité. Selon le même Dr. Schwartz,

le choix est ce qui permet à chacun de trouver précisément les objets et les activités qui satisferont le mieux ses préférences, …

Voilà une première explication à la problématique du choix : comment savoir ce qui me satisfera le mieux ? Et comme pour toute question centrée sur soi, le risque est de se perdre en introspections. Ce qui mène à l’inaction ou un mauvais choix.

Le choix est aussi la liberté. Tant désirée elle représente l’apogée de notre société – liberté d’expression, liberté de croyance, etc.
Cette liberté, trouve sa motivation dans l’autonomie, la possibilité de prendre une décision sans devoir obéir. Ce désir d’être indépendant, d’être libre ne peut être détaché de la responsabilité. Et cette facette de la pièce, n’est pas évidente à gérer. Le prix du mauvais choix, le risque de devoir reconnaître son erreur.
Le droit à l’erreur n’est pas une notion très développée en Europe, encore moins ici en Suisse. Mais nous ne pouvons pas nous soustraire à ce moyen d’apprentissage.
Le magazine Entreprise Romande sortait en juillet 2013 une édition sur la thématique de l’échec ; la conclusion amène à croire que nous avons meilleur temps de faire le bon choix du premier coup, sans quoi, le prix à payer est très élevé. Comment gérer cette liberté, cette autonomie si on ne nous accorde pas la possibilité de l’apprentissage ?
Apprendre, c’est essayer, échouer, essayer à nouveau et peut-être réussir.

Je ne crois pas que la profusion de choix et synonyme de liberté, de luxe ou même de réussite. La Dr. Renata Salecl amène ce thème dans son livre « La tyrannie du choix » … le titre est parlant !
Face aux choix, la décision devrait nous coûter moins cher que le plaisir que nous en retirons. C’est ici l’une des pistes pour que le choix soit porteur de bien-être.

Le choix amène donc deux grandes problématiques :
Une première qui nous oblige à se connaître assez bien pour choisir correctement. La deuxième est ne pas avoir peur de mal choisir et peut-être d’échouer.

Mais finalement, c’est par les erreurs que nous apprenons à mieux nous connaître.


Pour en lire plus :
Le paradoxe du choix : Comment la culture de l’abondance éloigne du bonheur
de Barry Schwartz (Auteur), Isabelle-Sophie Lecorné (Traduction)
ISBN-13: 978-2749905525

La tyrannie du choix
de Renata Salecl (Auteur)
ISBN-13: 978-2226243843